1. A. Les principes de la graphie classique : Différence entre versions

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=== La graphie de l'Escola Occitana ===
 
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Deux poètes languedociens, Antonin Perbosc et Prosper Estieu, reprirent la réforme de Joseph Roux en cherchant à atteindre, par un large retour aux principes graphiques des troubadours, une certaine unité écrite aux divers parlers d'aujourd'hui. Allant plus loin que lui, ils rejetèrent le digraphe français "ou" pour la notation de la voyelle [u], choisissant de l'écrire "o" conformément à l'image graphique qu'avaient en ancien occitan les mots qui comportent la voyelle en question.
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Deux poètes languedociens, Antonin Perbosc et Prosper Estieu, reprirent la réforme de Joseph Roux en cherchant à atteindre, par un large retour aux principes graphiques des troubadours, une certaine unité écrite aux divers parlers d'aujourd'hui. Allant plus loin que lui, ils rejetèrent le digramme français "ou" pour la notation de la voyelle [u], choisissant de l'écrire "o" conformément à l'image graphique qu'avaient en ancien occitan les mots qui comportent la voyelle en question.
  
 
La graphie préconisée par ces poètes fut adoptée par une association créée en 1919, l'Escola Occitana.
 
La graphie préconisée par ces poètes fut adoptée par une association créée en 1919, l'Escola Occitana.
 
  
 
== La graphie "alibertine" ==
 
== La graphie "alibertine" ==
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Cependant, ces ouvrages sont loin de conserver toujours le principe de la graphie support; ainsi, si le ''i'' de '''baish''' peut être prononcé (comme en vallée d'Aspe), ce qui justifie qu'on l'écrive, ce n'est pas le cas de ''i'' de '''*corbaish'''. Ici, la consonne finale [ʃ] est le résultat du chuintement du ''s'' final (la forme ''corbàs'' existe d'ailleurs, en languedocien et même en gascon): il convient donc d'écrire '''corbash'''.
 
Cependant, ces ouvrages sont loin de conserver toujours le principe de la graphie support; ainsi, si le ''i'' de '''baish''' peut être prononcé (comme en vallée d'Aspe), ce qui justifie qu'on l'écrive, ce n'est pas le cas de ''i'' de '''*corbaish'''. Ici, la consonne finale [ʃ] est le résultat du chuintement du ''s'' final (la forme ''corbàs'' existe d'ailleurs, en languedocien et même en gascon): il convient donc d'écrire '''corbash'''.
  
Une graphie comme '''còs''' ne rend pas compte des diverses prononciations possibles en domaine gascon ([kɔs], [kɔɾs]): il convient de noter le ''r'' et d'écrire conformément à l'étymologie, '''còrps''' (2).
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Une graphie comme '''còs''' ne rend pas compte des diverses prononciations possibles en domaine gascon ([kɔs], [kɔɾɾs]): il convient de noter le ''r'' et d'écrire conformément à l'étymologie, '''còrps''' (2).
  
 
Un autre exemple pour finir, une graphie comme '''*Que v'ajuda''' ne rend pas compte d'avantage des diverses prononciation puisqu'il existe une prononciation [ke tsajyðə]. Il convient donc de noter '''Que vs'ajuda'''.
 
Un autre exemple pour finir, une graphie comme '''*Que v'ajuda''' ne rend pas compte d'avantage des diverses prononciation puisqu'il existe une prononciation [ke tsajyðə]. Il convient donc de noter '''Que vs'ajuda'''.

Version actuelle en date du 13 janvier 2020 à 16:10

La graphie classique est de loin la plus employée pour écrire le gascon et plus généralement l'occitan.


Sommaire

Les origines de la graphie classique

Les graphies félibréennes en Gascogne

Au début du XIXe siècle, ceux qui écrivaient en occitan le faisaient selon les principes de l'orthographe française; on écrivait alors <saou> ou <saü>. Le Félibrige, fondé en Provence en 1854 autour de Frédéric Mistral et de Joseph Roumanille, effectua une première remise en ordre, tout en confirmant pour l'essentiel l'inspiration "française" de la graphie qu'il fixa; en Béarn et Gascogne, l'Escole Gastoû-Febus lui emboîta le pas, tandis que la graphie de l'Escolo deras Pireneos, tout en suivant très largement le modèle commun, se distinguait parfois par la notation de traits phonétiques tels que la différence entre n dental (an, noté <an>) et n vélaire (tanben, noté <tabeŋ>) ou des nombreuses aphérèses propres au gascon pyrénéen.

Les premiers pas de la graphie classique

Le Limousin Joseph Roux fut un des premiers auteurs à prôner une graphie plus proche de celle des troubadours (d'où son nom de "classique"; toutefois, comme il existe plusieurs divergences entre la graphie des troubadours et la graphie classique actuelle, on devrait dire en réalité "néo-classique"); c'est selon ces principes qu'il publia en 1888 sa Chansou lemouzina.

La graphie de l'Escola Occitana

Deux poètes languedociens, Antonin Perbosc et Prosper Estieu, reprirent la réforme de Joseph Roux en cherchant à atteindre, par un large retour aux principes graphiques des troubadours, une certaine unité écrite aux divers parlers d'aujourd'hui. Allant plus loin que lui, ils rejetèrent le digramme français "ou" pour la notation de la voyelle [u], choisissant de l'écrire "o" conformément à l'image graphique qu'avaient en ancien occitan les mots qui comportent la voyelle en question.

La graphie préconisée par ces poètes fut adoptée par une association créée en 1919, l'Escola Occitana.

La graphie "alibertine"

Louis Alibert systématisa les travaux de l'Escola Occitana et choisit notamment de noter "ò" la voyelle [ɔ] pour éviter la confusion avec "o" prononcé [u]. Ses travaux débouchèrent sur la publication en 1935 de sa Gramatica occitana segon los parlars lengadocians. Son système permettait une vision plus unitaire de l'occitan par le biais du graphisme-support; c'est l'idée-force de la graphie classique et ce qui fait aujourd'hui cet intérêt: le recours à l'étymologie pour la notation des mots permet de fixer une forme écrite propre aux divers parlers d'un dialecte, voire aux divers dialectes de l'occitan. Une seule forme écrite supporte les différentes prononciations (1). C'est pourquoi on dit que la graphie classique est une graphie englobante.

Dans le domaine gascon, Jean Bouzet avait d'ailleurs pris quelques libertés avec les règles de la graphie fébusienne en choisissant de noter a (plutôt que e ou o) la voyelle issue de a final roman: il écrivait à casa, que cantaba. Il participa aux côtés d'Alibert lui-même et de Pierre Bec à la rédaction de l'ouvrage L'application de la réforme linguistique occitane au gascon, paru en 1952. Plus tard, en 1972, Robert Lafont, écrivain et linguiste, publia L'ortografia occitana: lo provençau.

Vers une orthographe

Il y a eu des variations mineures, mais assez nombreuses, dans la graphie du gascon depuis l'ouvrage de 1952. On n'écrit pas haría, prüèr ou in-hèrn, mais haria, pruèr et in·hèrn. Surtout, depuis une vingtaine d'années, la "graphie' tend à devenir une orthographe, comme dans les "grandes" langues: cela est dû aux efforts de l'association Per Noste, par le biais des ouvrages qu'elle diffuse, comme son dictionnaire français-gascon.

Cependant, ces ouvrages sont loin de conserver toujours le principe de la graphie support; ainsi, si le i de baish peut être prononcé (comme en vallée d'Aspe), ce qui justifie qu'on l'écrive, ce n'est pas le cas de i de *corbaish. Ici, la consonne finale [ʃ] est le résultat du chuintement du s final (la forme corbàs existe d'ailleurs, en languedocien et même en gascon): il convient donc d'écrire corbash.

Une graphie comme còs ne rend pas compte des diverses prononciations possibles en domaine gascon ([kɔs], [kɔɾɾs]): il convient de noter le r et d'écrire conformément à l'étymologie, còrps (2).

Un autre exemple pour finir, une graphie comme *Que v'ajuda ne rend pas compte d'avantage des diverses prononciation puisqu'il existe une prononciation [ke tsajyðə]. Il convient donc de noter Que vs'ajuda.

On voit donc que Per Noste a parfois oublié d'appliquer le principe du graphisme-support et que son travail devra être revu sur bien des points. C'est ce que nous ferons dans ces fiches.

Notons enfin que certaines associations continuent aujourd'hui d'appliquer les principes fébusiens. Elles reprochent à la graphie classique d'être venue du Languedoc, alors que des Gascons ont participé à son adaptation à notre dialecte.



(1) Ainsi, alors que dans le système de l'Escole Gastoû-Febus adapté au gascon, on pouvait avoir jusqu'à trois ou quatre formes écrites d'un mot, on n'en a plus qu'une: là où on écrivait, selon la prononciation, habe, haue ou hauo, on écrit désormais partout hava tout en maintenant les diverses prononciations.


(2) On objectera qu'on note alors un p qui n'est prononcé nulle part; mais il faut bien différencier còrps de còrs, "coeurs", et còrs, "corset". Au demeurant, dans temps, ne note-t-on pas un p qui n'est prononcé nulle part ?